Au matin, nous prenons notre dernier petit-déjeuner en Ouzbékistan et demandons à notre hôtel de nous appeler un taxi pour se rendre à la frontière. La communication est, comme toujours, compliquée. On réussit à se mettre d’accord et aux alentours de 9h30, notre chauffeur de taxi arrive. Il est fort sympathique et bien plus débrouillard que les gens de l’hôtel. On roule une bonne heure et on arrive à la frontière avec le Tadjikistan (Penjakent). Là, notre chauffeur nous dépose. On remonte les vélos et on les charge afin de transporter le tout efficacement.

Un premier poste frontière nous attend. Je sens les regards changer à mesure que l’on traverse cette frontière. Le Tadjikistan semble tout de même plus conservateur. Un militaire nous fait signe d’aller vers lui plutôt que dans une cahutte. Il regarde nos passeports, rend le mien à Nathan et nous ouvre une grande porte. Désormais, Nathan est définitivement le point de contact. En Ouzbekistan déjà, si je payais, il arrivait que l’on lui rende la monnaie à lui. Ici, je ne peux pratiquement pas parler, car on ne m’écoute simplement pas !
Au deuxième poste frontière, une longue file s’est déjà formée. On pense en avoir pour quelques heures. Les gens nous regardent intensément, je fais de mon mieux pour éviter le regard des hommes, sentant que le poste frontière serait pas le meilleur endroit pour faire un affront pareil. Quelqu’un essaie de poser des questions à Nathan en russe, sans succès. Finalement, un gars de la file coupe tout le monde pour aller – je le suppose – dire aux douaniers de nous laisser couper toute la file car nous sommes des étrangers. Ainsi, il nous fait signe de le suivre et nous passons effectivement devant tout le monde, un peu gênés.
Un troisième poste-frontière arrive. Nous commençons la file, mais un monsieur nous indique que nous n’avons pas besoin de la faire, puisque nous avons déjà notre stämpf du précédent poste. Il doit se dire que nous ne comprenons définitivement rien.
On arrive finalement à une quatrième et dernière porte. Une nouvelle file nous attend, mais le militaire qui garde la porte nous fait signe d’aller vers lui. On lui montre nos passeports et nous voilà officiellement au Tadjikistan !
Instantanément, nous sommes harcelés par pleins de chauffeurs de taxis qui nous proposent de nous conduire à Dushanbé. L’un d’eux nous propose 20 Tadjiks somonis par personne (2.-) et nous comprenons qu’il se trompe, car c’est bien trop bas. Un autre parle en dollars et nous annonce que le trajet chez lui est à 140 dollars. Chacun nous crie dans les oreilles des choses différentes, mais surtout, ils ne parlent qu’à Nathan. Mes interjections sont vaines, je dois passer par lui pour leur parler.
Sachant que le prix touriste est autour de 800 somonis (80 dollars), nous refusons les 140 dollars jusqu’à ce que nous comprenons que le premier chauffeur voulait probablement nous prendre pour 200 somonis par personne, un prix tout à fait honnête. Les autres chauffeurs sont terriblement scandalisés de ce prix « trop bas » et se fâchent avec le premier chauffeur. Il augment finalement son prix à 600 tout compris !
Nous suivons l’élu et arrivons à sa voiture. Nous réalisons alors qu’il s’agit d’un taxi collectif et le coffre est déjà plein… Ça ne fait pas peur à notre chauffeur et il hisse nos deux vélos sur le toit. On n’écoute pas ni mes demandes, ni mes propositions pour bloquer au mieux les vélos. Je comprends que je dois ni aider, ni leur parler.
Les vélos sont installés à la verticale et ça fait assez peur, sachant que le trajet devrait durer cinq heures… Trop tard pour reculer. Le chauffeur et l’homme du couple qui partage notre taxi attachent nos vélos de manière plutôt professionnelle et ça à étonnamment l’air de tenir. Je m’installe au siège du milieu arrière, à côté d’une femme et Nathan se met de l’autre côté. Nous voilà partis pour cinq heures de voiture avec nos vélos accrochés sur le toit. Pourvu qu’ils tiennent !
Vingt kilomètres plus loin se trouve la ville de Penjakent. Nos collègues de taxi veulent s’arrêter pour acheter à manger. On fait donc une petite pause. Nathan et moi sommes un peu flippés de manger de la nourriture de rue (ça a l’air craignos honnêtement) et on n’ose pas trop s’éloigner du taxi (les autres occupants du taxi ne parlent pas anglais, la communication est donc limitée). On décide de tenir le coup à coup d’eau que nous avions acheté la veille. Insh’allah !
Nous reprenons la route et voilà qu’on nous offre des cerises, du maïs et une sorte de feuilleté à la viande. Nos collègues de taxi ne font pas exception à l’usage du taroof et nous tentons donc de refuser trois fois avant d’accepter ce que l’on nous propose. Throwback en Iran pour ma part.
NDLR: il s’agit d’une règle morale de l’hospitalité dans certains pays qui consiste à offrir tout ce que l’on a au visiteur. Si l’on propose trois fois, c’est que l’on souhaite vraiment offrir l’objet. Le visiteur, quant a lui, doit d’abord refuser trois fois avant de pouvoir accepter. Si la proposition s’arrête avant trois fois, c’est que la personne ne souhaite en fait pas l’offrir ! C’est le taroof.
Nous acceptons donc dans les règles de l’art tout ce que l’on nous propose. On nous nourrit donc sur le trajet, à mon plus grand bonheur (j’avais si faim). Cela continue à une prochaine halte où l’on nous fait goûter des petites boules au fromage. IMMONDE. On se force à avaler, mais avec beaucoup de peine. On nous fait tester aussi une sorte de lait fermenté (Doogh/Ayran). Je trouve pas terrible, mais Nathan aime bien.
Plus tard, ils recommencent à vouloir nous refiler des petites boules blanches terrifiantes au fromage et je me charge donc de cacher ce que je ne peux me permettre de remettre dans ma bouche sans vomir.



Après quelques heures de voiture, nous arrivons au fameux ou plutôt à l’infameux tunnel (parfois appelé tunnel de la mort). Le tunnel d’Anzob. Il s’agit d’un tunnel long de plus de 5km et à plus de 2700m d’altitude. Il n’est pas éclairé, est en pente et la ventilation n’est pas fonctionnelle ce qui rend la traversée dangereuse car la pollution y est extrêmement forte. Il y a plusieurs années, un cycliste a tenté la traversée, mais il est mort à cause de la pollution des gaz d’échappements lors d’un bouchon. Depuis, la traversée est interdite aux cyclistes et un militaire force les camions à prendre en stop les cyclistes pour le passage dudit tunnel. Nous sommes bien contents d’être dans notre petite voiture pour le trajet.
Le tunnel fait plutôt forte impression. Des fils pendent sur les côtés lors de notre montée et notre chauffeur effectue quelques dépassements plutôt osés. Finalement, nous arrivons au bout et découvrons les splendides paysages Tadjiks, avec vue sur les sommets enneigés alors qu’il fait plus de trente degrés.






Nous continuons notre descente sur la capitale. Nous nous arrêtons brièvement pour permettre à nos collègues de remplir leur bouteilles d’eau au ruisseau qui longe la route. On nous en propose et l’on refuse poliment ce poison, mais voilà qu’ils insistent. Finalement, on nous laisse boire notre eau devenue bouillante avec le temps du trajet.
Nous arrivons enfin à quelques kilomètres de Dushanbé. Soudain, le chauffeur s’arrête et nous indique que notre destination est arrivée. Pourtant, nous sommes à 15km de la Capitale. Très bien, nous pédalerons pour la fin ! Nous quittons nos très gentils collègues et chauffeur et rattachons nos bagages à nos vélos, car ils sont encore là !!
Comme nous n’avions pas prévu de pédaler, nous ne sommes pas bien équipés. J’ai des pantalons qui sont trop larges et qui se prennent dans la chaîne, nos sacoches ne ferment pas toutes car on a juste entassé nos affaires pour le trajet et surtout, nous (j’ai) avons faim !

Nous trouvons du coca pour nous faire tenir l’heure qui suit, nos huilons vite nos chaînes et nous commençons nos premiers coups de pédales au Tadjikistan ! C’est beaucoup de fun, mais ça se transforme vite en beaucoup de concentration en ce qui me concerne, puisque les voitures roulent n’importe comment. Nathan n’est par contre en rien perturbé par le code de la route Tadjik. Finalement, nous roulons sur le grand boulevard de Dushanbé et réalisons que la capitale est en fait plutôt riche ! Le coût de la vie ici est même plus élevé qu’à Samarcande: surprise !

Nous établissons nos quartiers au très connu Green House hostel – du moins chez les cyclistes. Enfin, nous pouvons manger et bientôt surtout, dormir.
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