Détour par la Wakhan Valley

On se met donc en route au pic de chaleur mais arrivons étonnamment bien à rouler. La route n’est pas aussi mauvaise que prévu pour l’instant et le paysage est très beau. On croise des jeunes filles qui promènent leur chèvre en laisse. La chèvre réussit à s’échapper et une jolie course poursuite a lieu à nos côtés. Pour camper, c’est difficile car les militaires sont réputés déloger les campeurs qui sont trop proche de la frontière à leur goût. Comme nous la longeons, la tâche est compliquée. On finit par s’éloigner sur une route Gravel et des locaux acceptent que l’on campe dans leur jardin.

Le lendemain, une grosse étape nous attend, puisque nous voulons rejoindre Ishkashim le soir. En effet, le lendemain a lieu le marché afghan dans le no man’s land entre l’Afghanistan et le Tadjikistan. Il n’est pas toujours ouvert pour des questions de sécurité et il semble qu’il aura lieu ! Nous voulons donc absolument voir ça !

Nous découvrons aussi que la crème solaire Tadjik s’apparente plus à de la peinture et qu’en plus, elle ne fonctionne pas. Nos bras brûlent, il va falloir trouver une solution !

La mise en route pour Ishkashim est difficile et la route est moins bonne que la veille. Le coca n’aide pas tant. Une bonne engueulade aura pour effet de nous faire avancer efficacement, bien aidés par un vent qui s’est levé depuis le matin. On finit la journée enchantés avec un vent de dos qui fait l’effet d’une assistance électrique. Presque plus besoin de pousser sur les pédales et nous voilà à Ishkashim. Une première guesthouse nous refuse le logement car ils sont pleins, on tente donc une seconde. La deuxième est plus spartiate. Il n’y a pas d’eau chaude, ni d’eau du tout, pas de souper non plus. On y rencontre une familles de tchèques vraiment spéciaux qui insistent pour que l’on aille tous souper ensemble au restaurant.

On les suit donc et comme ils parlent russe, on les laisse décider dans quel resto aller (le choix de plat est invariable, mais l’hygiène est parfois moins terrifiante). On suit donc ce couple et leur deux enfants atypiques.

On soupe avec eux, mangeons du plov (+des manti pour Nathan qui est insatiable) et découvrons qu’il s’agit d’une diplomate tchèque envoyée en Ouzbékistan. Ils nous offrent grâcieusement le repas. On décide qu’il s’agit d’espions, même si c’est hautement improbable.

La soirée est bizarre, tout comme cette famille. Rentrés à l’auberge, ils nous forcent la main pour vider une bouteille de rosé Ouzbek passable. Le combo vélo, resto à l’hygiène pas top et rosé rend la digestion compliquée et on a l’impression de s’être fait empoisonnés par les espions.

Après un petit-déjeuner un peu trop simple à notre goût, on part pour le Bazaar Afghan. On peine un peu à négocier un taxi et arrivons entier à destination après une conduite bien rapide. On montre nos passeports aux militaires et découvrons, côté afghan, une file interminable ! Les afghans viennent ici vendre leur biens aux tadjiks et, peut-être aussi, découvrir un peu du monde extérieur et parler en anglais aux touristes. On y achète des bananes afghanes et du pain tadjik et Nathan se fait habiller par un Afghan de manière traditionnelle.

Après cette très chouette découverte, on se met en route direction Langar (celui du Tadjikistan, pas celui de l’Afghanistan). En route, on visite les ruines d’un château qui daterait du XIIIe siècle, mais on doute de la véracité du truc. On repart ensuite sur une route de meilleure qualité que prévu, c’est bonus.

Mon estomac me joue des tours et on est obligés de faire une plus petite étape que prévue. On campe dans un lieu remplis d’épine et je re-perce mon matelas, qui n’est toujours pas réparé à l’heure où j’écris ces lignes (par manque d’eau surtout puis par flemme, mais je vais m’y mettre, promis).

Je passe une mauvaise nuit et au réveil, peine à croire que l’on va arriver à dépasser Langar. En route, on se fait rattraper par Alex, un cycliste espagnol que l’on a déjà croisé quelques fois. On roule ensemble jusqu’au village de Shitkarv où l’on fait de nouvelles provisions. Alex reste un moment la bas, tandis que l’on repart. On a lu qu’à Shitkarv, « the road turns to shit ». En effet, la route devient de pire en pire. On s’arrête pour se faire à manger en bord de route ombragé et l’on se fait rattraper par Alex et Victor qui transportent un énorme melon avec eux. On mange tous ensemble, mais Nathan et moi nous mettons en route avant, sachant que l’on est un peu plus lents. On a un mega vent de dos qui nous fait grimper le col en Gravel degeu hyper facilement. C’est vraiment le bonheur ! On ne se fera donc pas rattraper par les autres ce jour-là ! On pousse jusqu’à un homestay, même si la surface terrible sur laquelle on roule nous tue. On est vraiment très heureux d’arriver là et on est prêts à payer n’importe quel prix pour un peu de confort. La dame le voit bien est on paye presque le double que d’habitude, mais peu importe ! On a droit à un repas composé de frites super grasses maison (encore un truc facile à digérer pour mon ventre, au secours). Très bon malgré tout !

Ce jour-là, on fête aussi nos un an ensemble !

On découvre avec bonheur que la guesthouse dispose d’une machine à laver. Nathan essaie de la démarrer mais malgré la traduction Google, la machine ne part pas. Il part chercher de l’aide et le mari de notre hôte nous vient à la rescousse. Il lui montre 2 fils dénudés qui pendent du plafond et nous explique qu’il faut faire le contact électrique ! Terrifiés par l’explication nous laissons notre réparateur s’en occuper et la machine démarre immédiatement. Décidément les normes électriques de ce pays laissent à désirer…

Le lendemain, on est prêts pour affronter les trente kilomètres qui nous séparent de Langar. La piste est encore pire que la veille et mon estomac pas bien remis encore. C’est très dur. On avance ultra lentement. On croise Alex qui galère aussi sur cette surface et il nous apprend que Victor devrait bientôt nous rattraper. On le laisse filer à Langar tandis qu’on se fait une pause repas au bord d’une rivière. On arrive finalement à Langar en milieu d’aprèm, on aura donc mis la journée à faire ces trente kilomètres d’enfer. Victor est toujours derrière et on s’inquiète un peu. On retrouve Alex à Langar.

On trouve des magasins pour faire le plein avant le gros col qui nous attend et que l’on prévoir de faire en trois jours (y compris la fin de journée en question). On cherche désespérément du pain et le magasinier auprès duquel on achète tout notre stock a pitié de nous et va en chercher quelque part dans le village. Il revient avec deux énormes pain, un pour Alex et un pour nous et nous les offre !


On achète beaucoup (trop?) de nourriture en prévision de cette ascension : un pot de Nutella (précieux au Tadjikistan), 1kg de pâtes, 500gr de riz, 1 tube de mayonnaise, une conserve de concentré de tomates, 2 tomates fraîches, 12 paquets de nouilles instantanées, de la poudre pour bébé pour le petit déjeuner et des œufs. Bref la sacoche de nourriture déborde et est bien trop lourde pour grimper ce col.

Nathan est mega motivé à entamer la montée du gros col de Khargush, moi je suis épuisée de la journée mais comme notre temps est limité dans le pays, je me motive à le suivre. On laisse Alex derrière qui veut attendre Victor et on fait un dernier plein d’eau. Victor arrive à ce moment-là, il a l’air rincé, encore plus que moi ! Il en peut plus et ne veut pas monter le col ce soir. Alex décide alors de nous suivre.

La chaleur est encore très présente mais le soleil descend gentiment. On monte ces premiers kilomètres extrêmement pentus. On doit beaucoup pousser le vélo, la pente est vraiment impressionnante. On prend de la hauteur super vite ! On fait la course avec le soleil pour camper avant la nuit et le froid glacial qui l’accompagne. En montant, on croise un tadjik qui descend de on-ne-sait-où avec sa pelle, sur son vélo. On en croise plusieurs des hommes comme ça et on ne comprend pas bien où ils travaillent et ce qu’ils font. Peut-être construisent—ils les murets militaires ?

L’homme a un pneu dégonflé et Nathan lui regonfle son pneu. On se remet en route plus rapidement, voyant le soleil se coucher. On arrive finalement à notre campement où Alex l’espagnol nous attend déjà. L’endroit est magnifique et la vue plus belle encore ! On installe vite le campement car le froid arrive.

Au réveil, Alex est plus rapide à partir (il ne déjeune pas, car il est en mode budget ultra mega serré – à savoir qu’il a vécu à la rue plusieurs années en Suisse lors de ses études à l’EPFL). On le laisse prendre les devants et on le suit une fois le campement levé. La route est superbe mais à 7h, il fait déjà bien chaud alors que l’on a campé à 3400m !

La route est dans un état acceptable mais qui se détériore au fil du chemin. Le paysage est magnifique. On rattrape un moment Alex et roulons un peu ensemble. On s’arrête avant lui pour dîner, tandis qu’il continue dans la chaleur. La température est effrayante et nous ne savons plus comment faire pour avancer. Il est quasi impossible de trouver de l’ombre, c’est désertique. On s’arrête chaque kilomètre, descendons un bout de talus/falaise de la route pour s’abriter un peu à l’ombre… on fait plus beaucoup d’avance car il fait trop chaud. On sent notre peau brûler, surtout que la crème solaire tadjike est absolument inefficace. On est à bout, comme passés au rouleau compresseur. On s’entend sur le fait qu’il faut trouver un endroit où camper et basta.

Juste avant de planter la tente, on croise un camping car de français qui nous fait très plaisir. Un peu de chaleur humaine extérieure nous fait le plus grand bien ! Ils sont marrant et nous parlent des grosses marmottes kirghizes. On les quitte pour planter la tente à 3700m avec en tête l’idée de se lever à 4h30 pour éviter la chaleur et enfin franchir ce ***ain de col !! Une fois la tente installée, on voit au loin Victor que l’on invite à nous rejoindre. Il est au bout de sa vie et nous raconte qu’il commençait à injurier la route. C’est cool d’avoir un compagnon de camping pour le soir ! On en profite pas longtemps puisque l’on se couche tôt pour avoir un minimum d’heures de sommeil.

On a été bouffés par les moustiques la journée et je ne dors quasi pas de la nuit à cause des démangeaisons. En plus, mon poignet a doublé de volume a cause d’une réaction allergique à une piqûre, bref, c’est pas idéal.

Au réveil, c’est vraiiiiment dur d’émerger. Victor se réveille légèrement plus tard que nous mais nous rattrapera en route. On enfourche les vélos, mais je sens qu’avec ma petite nuit, j’ai rien récupéré et je suis toujours aussi explosée que la veille. Après 5km, j’abdique et annonce à Nathan que je veux tenter de faire du stop (il n’y a quasi aucune voiture qui passe ici). On avance tant qu’il n’y a pas de voitures et voilà qu’un van VW allemand arrive au loin. On a déjà un peu discuté avec eux, ils sont très sympas. On les arrête et je leur explique la situation. Ils sont un peu frileux à l’idée d’avoir nos deux vélos dans leur van. On pense qu’il ont peur qu’on degueulasse tout. C’est probablement en partie vrai. Ils acceptent généreusement de prendre mon vélo et moi-même, tandis que Nathan franchira le col à vélo. Ça le rend très heureux de tout faire à vélo, et je suis très heureuse de cette pause. On se donne rendez-vous à un lac sur la descente du col et je lui souhaite bonne chance.

Les allemands ont en fait un van mal en point et ils ont peur d’avoir trop de poids à cause de la suspension ! On passe le dernier gros check point militaire ensemble et découvrons un endroit bien corrompu. Le militaire veut voir nos téléphones. Nous savons qu’il veut regarder nos photos pour nous faire payer une amende ensuite et nous lui expliquons à tour de rôle que nous avons pas de téléphone ou qu’il n’a pas de batterie. Il met du temps à lâcher l’affaire mais finit par nous ouvrir la barrière et nous laisser passer !

Sur la montée du col, on croise Alex qui a de l’avance sur Nathan et Victor (mais qui se fera vite rattraper). On lui offre des snickers et autres sucreries puisqu’il n’a toujours rien à bouffer ! On continue la route avec pleins de grosses marmottes autour de nous.

En route, on récupère une auto-stoppeuse allemande avec un sac ultra lourd que les allemands mettent à l’avant pour repartir le poids. La fille a vraiment beaucoup d’énergie et parle énormément.

Nous arrivons finalement au fameux lac salé. On quitte l’auto-stoppeuse et on se fait à manger en attendant les cyclistes. On discute ensemble et chillons et surtout, ils m’offrent un coca frais ! Quel bonheur.

Nathan, Victor et Alex arrivent super vite en début d’après-midi. Ils ont filé comme des machines sur cette tôle ondulée de l’enfer et n’ont quasi pas fait de pause sur les 40km qui séparent l’endroit où j’ai fait du stop. Chapeau bas !

Tout le monde se met à se faire à manger. Au loin, un 4×4 qui transporte des vélos arrive et s’arrête. Il s’agit de Tim, notre doyen de 77ans ainsi que Gavin, un autre cycliste d’une soixantaine d’années que nous rencontrons pour la première fois.

Tim, toujours aussi prévenant, nous offre à chacun un Fanta. Il a décidé de faire le col en voiture au vu de son âge et parce qu’il est aussi à court de temps avec son visa. Le 4×4 repart finalement avec Tim et Gavin après avoir fait une jolie photo de groupe.

Comme il est encore tôt, nous décidons de repartir à vélo plus loin, les quatre cyclistes. Les allemands décident, eux, de rester camper près du lac. Je les remercie chaleureusement et on s’en va sur nos vélos à l’assaut du reste de la descente du col, pleine de tôle ondulée.

La descente est éprouvante, et pour Nathan qui s’est fait le gros col, et pour moi qui suis épuisée. Finalement, nous rejoignons la M41 goudronnée. Quel bonheur de rouler sur du goudron, vraiment ! Nous avons un vent de côté qui nous ralentit bien, mais cela n’enlève rien à notre joie d’avoir retrouvé l’asphalte.

On pousse pour rejoindre Alichur, trente kilomètres après le lac où les allemands sont. À Alichur, nous trouvons une guesthouse chaleureuse et surtout, occupée par Tim et Gavin ! Nous sommes tout contents de les retrouver.

Nous mangeons avec bonheur ce que la dame adorable nous a cuisiné et décidons d’y faire un jour de pause, tant nous y sommes bien.

Une réponse à « Détour par la Wakhan Valley »

  1. Avatar de profoundsweetsbc920faae8
    profoundsweetsbc920faae8

    Photos somptueuses !!! Bravooooo et j’aime : On décide qu’il s’agit d’espions LOL !!!!

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