Pamir Highway I

Petite nuit ensuite puisque nous nous levons à 4h30 du matin. L’idée est d’échapper au mieux à la chaleur assommante du milieu de journée. Encore quelques réglages de chaînes en route avant de rouler pour de vrai… ! On avance bien dans la fraîcheur du matin et le trafic est calme, c’est plutôt agréable. On se fait beaucoup klaxonner (plutôt des signes de bienvenue) et la chaleur finit par arriver.

On doit énormément boire. Par je ne sais quel miracle, des petits vendeurs d’eau se trouve presque sur tout le long de la route et nous évitent l’assèchement. On tourne autour des sept litres d’eau par personne. C’est un record personnel. En début d’après-midi, la faim grandit et on peine à trouver un restaurant. On pousse sur les pédales et on finit par arriver dans un petit village. Il semble que l’on ait trouvé notre bonheur. Les propriétaires nous font signe de les rejoindre autour d’un plateau de fruit, mais personne ne parle anglais. On comprend finalement que le restaurant est fermé car c’est le week-end de l’Eid.

On ne comprend donc pas trop ce que l’on fait là et un autre monsieur arrive pour nous inviter chez lui. Comme la coutume le veut, nous refuser d’abord trois fois avant d’accepter mais voilà qu’on nouveau problème arrive: il insiste pour que l’on laisse nos vélos là et qu’on aille chez lui en voiture. On trouve ça bizarre et on refuse. On préfère trouver une autre solution que de laisser nos chéris Adia et Jimmy tout seuls. Après de longues discussions, notamment via quelqu’un d’autre au téléphone qui parle anglais, pour traduire, il accepte qu’on le suive à vélo !

Nous roulons deux kilomètres derrière lui et arrivons dans une belle propriété avec un grand jardin. La « table » est déjà installée (au sol donc) et une quantité folle de nourriture y est posée. Le monsieur qui nous a invité nous explique qu’il habite à Dushanbe et qu’il est venu ici fêter l’Eid chez ses beaux-parents. Il demande aux femmes de la maison de s’occuper de nous et de nous faire encore plus à manger. Seuls le monsieur, Nathan et moi sommes assis à table et mangeons. Spécial ! On nous fait de la soupe et on nous nourrit plus que de raison. On me refuse la possibilité d’aller aux toilettes pendant le repas alors même que j’attendais depuis si longtemps mais ne trouvait pas d’endroits caché au bord de la route.. difficile d’être une fille à vélo dans ce pays !

Quand on trouve la possibilité de partir, on nous fait don de chocolats, biscuits et pain à ne plus en finir. J’ajoute ça à mon chargement puisque Nathan porte déjà presque le double de moi, mais désespère de tout ce pain: on ne va jamais manger tout ça !!

On repart sur seulement un kilomètre pour se poser à l’ombre car il fait beaucoup trop chaud. C’est la que nous croisons un autre cycliste, Alex, qui va dans la même direction que nous, et surtout… il est bernois !

Nous discutons un bon moment au bord de la route, mais on le laisse filer car nous ne voulons pas rouler dans ce soleil. Je tente sans succès de lui refiler un peu de pain et des biscuits qui nous on l’air bien chimique. On se dit qu’on se verra peut-être le soir car on pense s’arrêter au même endroit.

Quand nous repartons, nous devons enchaîner les couches de crème solaire. La chaleur me fait un sale effet et je ne suis pas très en forme après la dernière grosse montée. Après plusieurs petites pauses à l’ombre, beaucoup de sucre et de coca, nous arrivons à destination. Nous retrouvons Alex au bord d’une rivière avec un magnifique paysage. On dort comme des bébés.

Réveil au petit matin, à savoir 5h30, et petit-dej en compagnie d’Alex. Nous roulons tous ensemble pour la journée. On commence par de la descente sur une surface de plus en plus mauvaise, puis la route se transforme en Gravel. Le voilà le fameux gravel de cette « route du nord ». Car nous avons effectivement choisi la route la plus difficile (non goudronnée), mais c’est aussi, apparemment, la pluie jolie et aussi la plus en altitude (nous refusons de rester dans la chaleur !).

De belles montées nous attendent et la route est d’une qualité terrible. Nathan avance comme une fusée, tandis qu’Alex le suit d’un peu plus loin. Moi je galère à rester sur mon vélo dans ces cailloux. On fait le plein de sucre en haut et on continue tant bien que mal sous un soleil éprouvant. On passe à travers plusieurs villages et on n’échappe jamais aux désormais traditionnels “hello, hello, hello, hello” des enfants. On nous crie toujours les mêmes questions, alors qu’ils ne comprennent pas les réponses (“how are you ? How old are you ? etc.”). Parfois, quand on sort du village, on entend les enfants sortir un “motherfucker”. L’ambiance dans certains villages est vraiment spéciale. On nous dévisage énormément, parfois sans nous adresser la parole. Il n’est pas rare que l’on se poste devant nous sans rien dire à nous observer. Certains villages sont au contraire très accueillants et les gens y sont extrêmement gentils, dans d’autres, on a l’impression que l’on essaie de nous faire partir le plus vite possible. On ne sait jamais trop à quoi s’attendre.

En route, on nous propose plusieurs fois du pain, partagé par la fenêtre d’une voiture ou venu d’une moto. Les gens sont très généreux ici. Le pain commence à être un running gag entre nous; apparemment, on nous en offre toujours quand on en a déjà trop.

Quand le soleil commence à être trop fort, on s’assoit sous un arbre, mangeons et attendons que la température baisse. Nous sommes à la bordure d’un village et les enfants montent dans un arbre pour nous observer pendant toute notre pause.

Quand nous repartons, on se fait lancer des cailloux dessus par les enfants. Heureusement, Alex lève la voix et ils arrêtent tout de suite. Les villages, c’est quitte ou double: soit on est super bien reçus, soit on l’est extrêmement mal. Difficile de savoir dans quel scénario on entre, mais le ton est en général vite donné à l’entrée !

Nous rencontrons ânes, chèvres et vaches sur notre chemin. Beaucoup de petits villages de montagne perdus et beaucoup d’enfants assez excités à l’idée de nous voir passer. Les jeunes filles sont toujours beaucoup plus timides que les garçons.

Après avoir bien pris la poussière sur du gravel dégueulasse, on s’arrête dans un petit village refaire le plein de nos provisions. On attire évidemment tout le village prêt de nous, mais les gens sont gentils ici. Les interactions sont très énergivores et la communication toujours difficile puisque personne ne parle anglais. Je donne les deux-trois mots de russe que je connais et voilà que le type en face décide que je suis bilingue. Pour une fois, il ne parle qu’à moi et pas aux gars, parce qu’il a l’impression que moi seule peux le comprendre. Je pense comprendre qu’il nous invite chez lui, mais personne n’a vraiment envie de ça. On continue donc notre chemin.

Quelques kilomètres plus loin, nous trouvons un chouette endroit où camper. Il faut d’abord traverser un vieux pont de l’ère soviétique qui n’inspire pas du tout confiance et nous voilà de l’autre côté de la rivière. Le campement installé, je réalise que j’ai perdu une Birkenstock en route !! Quel enfer… Par une montée d’optimisme, j’écris un message dans le groupe WhatsApp de voyageurs à vélo de la région, qui sait, peut-être quelqu’un va-t-il la retrouver ?

Après une bonne nuit de sommeil, on se remet en route les trois. J’ai retrouvé un peu d’énergie et avance beaucoup mieux ce matin. On enchaîne les paysages merveilleux, des surfaces plus ou moins mauvaises mais quasi jamais goudronnées, et on dit bonjour aux ânes que l’on croise.

Fin de matinée on passe un check point policier, le deuxième, où on donne une copie de nos passeports. Alex n’a pas de copie et le policier prend une photo de son passeport sur son téléphone. Le policer cherche ensuite à savoir quels sont nos liens. Il désigne Alex comme le papa et nous comme ses enfants. On lui fait comprendre que ce n’est pas le cas et il devine que l’on est en couple. En mimant une berceuse (et oui, il ne parle que Tadjik) il nous demande si nous avons des enfants. Nous lui répondons que ce n’est pas le cas, et il se met alors à faire des gestes phalliques et afin de nous faire comprendre qu’il faut s’y mettre, et que les enfants ne vont pas arriver sans efforts. Sur ces bons conseils, nous remontons en selle.

En début d’après-midi, le soleil est trop fort et l’on se pose dans un village peu accueillant pour faire le plein de sucre. Mon énergie a énormément baissé et j’ai plus beaucoup de motivation, mais les gars me motivent à aller plus loin puisqu’il est encore assez tôt. Quand on repart, je sens que mon corps souffre trop de la chaleur et de l’effort. Je dois arrêter les gars plusieurs fois pour faire le plein de sucre et je puise dans mes réserves. Finalement, on s’arrête au bord de la route dans un coin d’ombre et je me couche par terre, impossible d’aller plus loin. Alex me prépare un bouillon pour me réhydrater plus vite et on me verse de l’eau sur la tête. Oui, l’eau ! On en a plus beaucoup et si l’on campe ici, ça risque d’être compliqué ! Les gars laissent donc leurs sacoches là où je suis et partent à la recherche d’eau. Ils reviennent triomphants et l’on installe le campement.

Récupérer de l’énergie à l’ombre

Le lendemain, on décide avec Nathan de faire une petite journée et de s’arrêter à la prochaine ville, Tavildara. J’ai besoin de repos et on espère y trouver un hôtel. Alex nous joint jusqu’à la bas mais il souhaite continuer plus loin pour la journée. C’est donc notre dernière journée ensemble.

Il a beaucoup plu la nuit avec de gros orages et toutes nos affaires sont trempées. La bonne nouvelle, c’est qu’il fait frais ! On effectue assez vite les 20km qui nous séparent de la ville, malgré la fatigue et la boue que la pluie a formé sur le chemin. On se pose dans un petit restaurant les trois pour manger quelques samsas et on dit au revoir à Alex qui continue.

Je reçois la une première bonne nouvelle: un cycliste a retrouvé ma Birkenstock perdue et me la ramène le lendemain ! Incroyable !

Les bonnes nouvelles s’enchaînent puisque ensuite un message de David sur le groupe famille nous apprend que Marie est sur le point d’accoucher !! Le réseau est extrêmement mauvais et il faut parfois vingt minutes pour recevoir un message, je suis donc scotchée à mon téléphone pour recevoir des nouvelles de la petite fourmi qui devrait bientôt naître.

De notre côté, Nathan et moi se mettons en quête d’un hôtel et nous trouvons notre bonheur plus loin dans le village.

Petit soucis toutefois.. je me sens de plus en plus mal. Je ne mange quasi rien à midi et les maux de ventre s’intensifient.

J’apprends dans l’après-midi que je suis tante d’un magnifique Léon Paul Carey ! Les photos mettent du temps à télécharger avec le réseau tadjik mais c’est incroyable d’apprendre ça depuis ici !!

Le soir, Samer – un cyclo que j’avais rencontré en Amérique du Sud – m’écrit pour me dire qu’il a croisé Alex et qu’il est en route pour la ville où nous sommes avec Nathan. Je lui donne l’adresse de l’hôtel mais suis incapable de le voir, car clouée au lit. Nathan va souper avec lui tandis que j’essaie de me reposer.

Après une nuit bien difficile, je me réveille un peu plus en forme. Nathan s’occupe bien de moi et je tente de reprendre des forces. Il est impossible de repartir dans cet état et nous prolongeons notre séjour à Tavildara.

Nathan récupère aussi ma Birkenstock, car l’allemand qui l’a ramassée est de passage dans la ville !

Jour 1: 92km – 1225 D+
Jour 2: 53km – 1008D+
Jour 3: 49km – 970 D+
Jour 4: 21km – 320D+

Jour 5 – repos/maladie

4 réponses à « Pamir Highway I »

  1. Avatar de Myriam Volorio Perriard
    Myriam Volorio Perriard

    C’est magnifique de connaître toutes vos aventures et de savoir comment vos avez appris les grandes nouvelles de la famille! Merci pour ce récit toujours ponctué de tellement d’humour!

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  2. Avatar de profoundsweetsbc920faae8
    profoundsweetsbc920faae8

    Bravo ! Quelle épopée et d’apprendre la naissances de Léon de cette manière ! quel souvenir aussi ! Bisous à vous deux !

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  3. Avatar de internetcertain934c2866d3
    internetcertain934c2866d3

    Ma louloute, tu ne nous refais pas le coup de l’hôpital en Amérique du Sud, hein? Remets-toi bien. C’est rassurant de ne pas te savoir seule….

    Et magnifique la technique qui permet d’apprendre la naissance de Leon Paul quasi en instantané, photo à l’appui, tout en étant à l’autre bout du monde!

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    1. Oh pas d’inquiétude pour ça ! C’était une intoxication alimentaire due à l’inexistence de normes d’hygiène ici ^^ Gros bisous !!

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