À Qalai Khumb, nous découvrons avec peine qu’il n’existe que deux restaurants et que tous les deux font peur. Après une bref check des commentaires on opte pour l’un afin d’éviter l’autre (trop d’intoxication alimentaires à notre goût) et on prie pour en ressortir indemne. Nous voilà à la frontière de l’Afghanistan et ce pour un bon moment ! Nous avons la bonne surprise de ne pas tomber malade à ce restaurant !
Le soir, je découvre que ma cheville droite a doublé de volume. Claire me prescrit de l’irfen d’urgence à distance et je décide d’utiliser la technique de l’autruche.
Nous dormons dans un homestay plus que correct et décidons de ne pas faire de pauses dans ce village pour deux raisons: tout d’abord, la ville n’a aucun charme et l’ambiance y est particulière, deuxièmement, les jours filent et notre temps dans le pays est compté. Nous partons donc le lendemain matin, non sans avoir pris en photo le mémorial destiné aux cyclistes européens et américain tués par des terroristes sur la route du Pamir en 2018.

Nous partons donc de Qalai Khumb et découvrons avec bonheur le goudron chinois, parfait ! Nous avalons les kilomètres en longeant la frontière naturelle afghane que forme la rivière Panj. De temps en temps, nous devons éviter un tunnel et écopons d’un Gravel difficile, mais surtout de la poussière des camions qui nous dépassent vraiment très lentement.

Le long de la route, nous rencontrons des grands groupes de travailleurs avec une pelle, supervisés par des militaires. Ça ressemble très fort à du travail forcé. Peut-être des prisonniers ?
En face, en Afghanistan, les gens semblent chercher de l’or dans la rivière. D’autres marchent alors que le prochain village semble très éloigné, d’autres encore se promènent en âne, en moto à plusieurs ou en voiture.
Nous nous arrêtons pour faire une pause et manger et voilà qu’un jeune Tadjik nous offre un melon ! C’est adorable, mais… bien compliqué à transporter à vélo ! Nous trouvons bien vite une solution à ce problème puisqu’une ribambelle de cyclistes arrivent. Nous les hélons et partageons notre melon. Nous rencontrons Rosie et Lennie, deux anglaises, ainsi que Victor, un français. Plus tard, le polonais, Tim et Luca arrivent à leur tour. Nous sommes huit cyclistes !!


Nathan et moi sommes arrêtés depuis longtemps et décidons de partir un peu en tête de l’équipe, nous serons ensuite bien vite dépassés par tous ces mollets bien entraînés de plusieurs mois de route.
Nous alternons entre magnifique goudron et Gravel dégueulasse toute la journée. Le soir, nous trouvons un chouette spot de camping où nous ne risquons pas d’être délogés par l’armée, car ici, les militaires surveillent que les touristes ne campent pas au bord de la rivière-frontière. Ils ont décidément très peur de l’Afghanistan et patrouillent sur TOUT le long de la frontière. Nous en voyons au moins chaque kilomètre.








Les autres cyclistes sont devant nous et nous sommes juste les deux pour le soir. À notre spot, des jeunes du village viennent nous dire bonjour (on commence à avoir l’habitude, les « hello » n’en finissent plus quand on croise des enfants).
L’un des enfants nous fait comprendre qu’il aimerait de quoi réparer sa chambre à air. Il ne veut pas de mon aide, mais Nathan l’aide. Les enfants nous observent souper, puis s’en vont. C’est ensuite au tour du grand frère de nous rendre visite. Il parle quelques mots d’anglais ce qui simplifie un peu la conversation. Encore une fois, c’est surtout à Nathan qu’il veut parler.
Il nous montre son Instagram et est impressionné par l’iPhone de Nathan. Surtout, il ne veut plus partir ! On finit par prendre congé de lui et on va faire dodo sous la tente. Ce soir, ma cheville est non seulement toujours gonflée, mais en plus hyper douloureuse. J’ai peur pour la suite.







Au matin, ma cheville est toujours douloureuse. Je prends la décision de faire du stop pour reposer mon ligament. J’espère que deux ou trois jours d’arrêt de vélo suffiront à rétablir ma cheville.
Nous levons le campement et après avoir attendu un moment avec moi, Nathan s’élance seul en direction de Khorog tandis que je me prépare à lever le pouce – ou plutôt tendre la main, car c’est comme ça qu’on fait du stop ici. Un vieux monsieur s’approche et m’explique en gestes et en tadjik/russe que comme il y a un road block, aucune voiture ne passera avant trois heures. Il insiste donc pour m’éviter à prendre le thé. Ayant trop peur de rater une voiture, je refuse poliment une bonne dizaine de fois et finit par céder. Son jardin donne sur la route et je peux donc surveiller le trafic sans peine. Une bonne partie de la famille est présente. La grand-mère est bien installée sur ce que Nathan et moi appelons le coin sieste à tapis (qui est en fait une table), elle est très âgée. L’un de ses fils et l’une de ses filles est là (le fils est le vieux monsieur qui m’a alpaguée). La troisième génération est aussi présente ainsi qu’une quatrième même si je ne suis pas sûre que les enfants étaient bien de cette famille et pas de voisins. On me parle en tadjik ou en russe mais on se comprend tant bien que mal avec les gestes et quelques traductions Google quand le réseau est coopératif.
On m’offre du chai, du melon, des cerises, une délicieuse soupe, de la pastèque, du pain, des bonbons… bref c’est un festin ! On me pose les traditionnelles questions: si je suis mariée, quel âge j’ai, est-ce que j’ai des enfants, quel est mon métier, quel est mon nom… La famille est très accueillante et, pour une fois, j’ai l’impression qu’on se comprend et que l’on réfléchit de la même manière. La famille semble être éduquée, l’un des hommes est économiste, un autre militaire, l’un est constructeur de maison et un autre est chauffeur. Ils ne me semble moins y avoir de fossé abysmal entre nos manières de vivre et de penser, contrairement aux fréquentes rencontres avec des tadjiks. En effet, quand l’accès à l’eau et l’électricité est compliqué, il semble plutôt compréhensible de ne pas du tout comprendre pourquoi des occidentaux viennent voyager à vélo dans des régions reculées.

Les hommes de la maison décident de prendre très au sérieux la tâche d’arrêter des camions pour leur demander de m’amener à Khorog avec eux, à 160km de la (zéro croisement d’ici là). Ils arrêtent les camions, discutent, demandent où les chauffeurs vont… mais personne ne semble dépasser le village d’après ! Voilà que cela fait trois heures que j’attends et qu’on me sers de thé. Je me fonds dans le décor de cette famille et observe leurs manières de vivre. Une jeune fille du village s’approche et vient piquer des cerises. La grand-mère m’explique que la jeune a des problèmes mentaux. Elle me le fait comprendre plusieurs fois, mais en parallèle s’adresse avec beaucoup de tendresse à la jeune. On s’occupe d’elle avec beaucoup d’amour et mes préjugés en prennent un petit coup.
On passe à l’étape photo avec toute la famille. Je sors donc Zorki et le vieux monsieur nous prend en photo. Il galère hyper avec l’appareil photo et voilà qu’un camion arrive enfin pendant qu’il prend cette photo. Fou rire général puisque tout le monde se met à courir pour aller arrêter le camion ! On m’a définitivement adoptée. Je perds espoir puisque le camion ne va pas jusqu’à Khorog. En revanche, il est impressionnant de noter que quasi toutes les voitures et camions s’arrêtent à la demande !!
Je continue de profiter d’un délicieux melon quand finalement, l’un des jeune me trouve enfin un taxi ! Je remercie du mieux que je peux cette famille adorable et je m’empresse de glisser Adia dans le camion vide – ou plutôt je regarde faire les hommes qui le glissent et ne veulent pas de mon aide. J’ai droit à la place de co pilote à l’avant du camion. Il est déjà midi et demi.
Nous nous mettons en route avec mon chauffeur sympathique, mais pas bavard (ce qui m’enchante puisque les trois heures de russe/tadjik m’ont épuisée). Nous devons patienter à un roadblock un moment et quand nous pouvons passer, j’admire les compétences de mon chauffeur. La marche arrière sur Gravel, en démarrage en côte, et au bord d’une falaise n’a pas de secret pour lui. Nous roulons à une vitesse ridiculement basse et je suis secouée dans tous les sens – je n’ai pas de ceinture. Je suis projetée plusieurs fois au plafond, on reçoit toute la poussière de la route et il fait une chaleur effrayante puisqu’il n’y a pas la climatisation. Après une heure, mon chauffeur, ainsi que celui du camion de devant, s’arrêtent pour manger. Je les suis à l’intérieur d’une maison qui s’effondre pour y découvrir un « restaurant ». Le droit fait très peur et la poussière recouvre les murs. Une télévision crache un téléfilm russe mal joué et une dame de mauvaise humeur nous sert deux cuisses de poulet par personne. Mon chauffeur me regarde et après réflexion, me propose des services. J’accepte avec plaisir. Les hommes mangent leur poulet à pleines mains.
On repart ensuite après que les deux chauffeurs se sont aidés mutuellement à réparer leur camion. Nous n’avons toujours pas rattrapé Nathan ! Nous roulons toujours à une vitesse extrêmement lente et je suis toujours secouée dans tous les sens. Finalement, voilà Nathan qui roule dans la poussière et devancé de peu de Tim, le néo-zélandais ! Je les salue et on continue notre route. Mon camion s’arrête souvent pour être réparé et lors d’une très longue pause, Nathan nous rattrape presque puisqu’il est 7km derrière. Nathan décide de dormir dans un home stay la, tandis que j’espère atteindre Khorog avant la nuit, si mon chauffeur daigne repartir. Nous arrivons finalement à 20h30 à Khorog ! Il aura donc fallu 8h pour effectuer 160km.
Je remercie chaleureusement mon chauffeur et récupère Adia dans une bonne couche de 7cm de poussière dans le camion. Je tâtonne pour récupérer les affaires qui se ont tombées en route et tente de trouver un homestay. Je tombe merveilleusement bien sur deux femmes qui m’accueillent à merveille. On m’indique que sortir seule au restaurant à cette heure serait trop dangereux et elle m’offrent donc des restes du repas du soir. Je me couche après cette bien longue journée.


Au matin, je nettoie le vélo qui a bien souffert ces derniers jours. Je pars à la recherche de guidoline pour réparer la mienne fendue en deux. Du scotch d’électricien fera l’affaire ! Quelques fruits au bazars, une nouvelle brosse à dents et un repas indien (!!) et me voilà refaite. Nathan est très rapide et arrive dans l’après-midi après deux éprouvantes journées. On s’occupe de faire un peu d’administratif, de réparation et de courses.
J’attends un moment avec Louise au bord de la route. 10 minutes s’écoulent et on convient de se quitter. Pas facile de se dire au revoir sans même pouvoir se faire un bisou.
Les 10 premiers kilomètres sont parcourus très rapidement car la route est toute neuve. Puis arrivés à Rushan l’asphalte tout neuf laisse place à une piste étroite logée entre la paroi rocheuse et la rivière Panj. Les travaux de construction de la route se poursuivent et la route se transforme parfois en chantier d’envergure, à travers desquels je peux me faufiler à vélo.
Après une bonne vingtaine de kilomètre je fais une pause photo et suis rattrapé par Victor, Rosie et Leni et Woïtek. On roule un bon moment ensemble avant de se quitter car ils doivent encore déjeuner ! La chaleur fait son effet et je sens gentiment que j’ai besoin de manger quelque chose, petit détour sur l’application Ioverlander et je m’arrête quelques kilomètres plus loin dans un joli restaurant familial. J’y retrouve Woitek et Tim, avec lesquels on partage le thé. On sera rejoints plus tard par le groupe de trois que j’avais laissé derrière moi. 15h la chaleur est à nouveau supportable et je repars avec Tim. A peine sorti du restaurant on se fait dépasser par Louise dans son camion !



Après-midi difficile, la route est compliquée et les forces manquent. La fatigue s’installe petit à petit et je réalise qu’il est temps de s’arrêter pour la nuit avant que je me blesse ou que mon vélo ne se casse !
Je m’arrête dans un guesthouse très chou et y passe la nuit.
Tim, le lièvre et la tortue
Je vous refais pas toute l’histoire, mais je juge bon de faire ce petit excursus.
A notre réveil avec Louise, je savais que les cyclistes rencontrés la veille campaient au devant de nous. Naturellement l’envie de retrouver nos amis s’est installée. A force, je parviens à tous les rattraper sauf un seul : Tim ! Comment notre doyen de 77ans pouvait-il me devancer alors qu’il comptait 10 petits kilomètres d’avance sur moi ce matin. Il me confie le secret de sa vitesse autour d’un plov : il part à 6h du matin pour éviter la chaleur !
Nous partons ensemble après le repas et je le devance aisément. Mais je m’arrête régulièrement : prendre de l’eau, mettre de la crème solaire, faire des photos du paysage. A chaque fois il me dépasse à nouveau. Finalement la température redescend et je peux enfin tenir un rythme soutenu. Tim disparait pour aujourd’hui.
Lendemain matin, après un copieux déjeuner je parcours une bonne centaine de mètres et je tombe nez à nez avec Tim assis à côté d’une fontaine, en train de remplir ses gourdes. Mon égo en prend en coup, mon avance de la veille n’était pas si grande !
Morale de l’histoire : je vous laisse apprécier, mais il semble que la vitesse ne fasse pas tout





Fort de mes retrouvailles avec Tim, je pousse jusqu’à Khorog pour y retrouver Louise, la route s’améliore un peu et les derniers 80km ne seront pas aussi difficiles que la veille. Elle m’attend au guesthouse avec un poulet curry (une version Tadjike du moins), du riz et un naan. Définitivement, mon amoureuse sait prendre soin de moi 🙂
Une grande question se pose: quelle route prendre pour la suite ? Les deux alternatives principales sont la M41, goudronnée et plus directe ou la Wakhan Valley, en gravel et un sacré détour avec du dénivelé mais apparement beaucoup plus jolie. La Wakhan longe l’Afghanistan. Nous penchons tous les deux pour la Wakhan mais nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord sur la question du temps que ça met. Nous avons effectivement peu de temps à disposition à cause de notre visa. Après maintes discussions, on se met d’accord pour faire la Wakhan Valley. On part donc le lendemain, mais l’après-midi, car il nous reste des choses à faire.
Répondre à luminarysillya94af2818b Annuler la réponse.