Nous voilà donc en route, prêts à affronter le nord, son froid et son vent. Nos jambes sont bien fatiguées et le syndrome du cycliste reposé prend le dessus: plus l’on a eu de repos, plus nous sommes fatigués. Après notre semaine à Osh et nos quelques jours à Stockholm, nos jambes sont bien rouillées ! Le vent de face est de la partie pour cette première journée en direction du nord et il entame notre motivation.
Nous sommes bien renseignés et avons téléchargés une application pour trouver facilement des « shelters » gratuits: des abris en bois avec de quoi faire du feu le tout avec plus ou moins de confort. Pour cette première nuit, nous en trouvons un dans une forêt qui semble tout avoir. Nous n’avions toutefois pas anticipé qu’il s’agissait d’un abri pensé pour les randonneurs et non les cyclistes ! Nous franchissons donc les 4 derniers kilomètres qui nous en séparent en alternant la pousse des vélos et le pédalage sur un chemin VTT plein de racines et de rochers.
Le spot est superbe et Nathan nous allume un beau feu de camp pour éloigner les moustiques bien voraces. Il y a d’autres campeurs et l’ambiance est sympa.



Au matin, nous quittons notre forêt pour rejoindre le goudron. Les jambes de Nathan sont de retour et en formes tandis que les miennes sont encore un peu ralenties. Nous tentons d’apercevoir des élans (moose) sachant que leur population est au nombre de 500’000 dans le pays. Sans grand succès. Il paraît qu’ils sont souvent sur la route et causent des accidents. On cherche leur traces !
Nous faisons une petite journée et nous nous posons auprès d’un joli lac (en fait, une plage pour la baignade des chiens). Nous surprenons les locaux à planter notre tente le soir venu, mais la police ne semble pas venir nous embêter, ouf.


Il faut savoir qu’en Suède, il y a beaucoup de règles, beaucoup. Les gens ont tendance à bien aimer les respecter et les faire respecter mais ces dernières ne sont pas toujours très censées… ils ont un petit côté Suisse-allemand ces scandinaves ! Nous sommes donc tous les jours plus surpris par les regards accusateurs après certains gestes que nous effectuons innocemment. Poser les vélos en dehors du rack à vélo car ils sont trop lourds pour y tenir ? Regard menaçant. Ne pas prendre la piste cyclable car elle est défoncée ? Conducteurs fâchés. Rouler côte à côte sur la piste cyclable mais se décaler quand quelqu’un vient en face ? Le cycliste suédois frôle la crise cardiaque.

Dans une station-service, je demande à la vendeuse si elle peut me donner les clés des toilettes, elle me répond gentiment qu’une dame y est déjà mais que je peux prendre sa clé quand elle sort. Lorsque la dame sort, je lui explique donc qu’elle peut le donner la clé. Voilà cette pauvre dame totalement perdue puisqu’elle ne sait plus si elle ose me donner la clé ! En effet, elle n’a pas entendu la dame m’y autoriser… Après trente bonnes secondes d’hésitation, elle cède. Peut-être avait-elle peur que je parte avec la clé sur mon vélo ? Sachant que le porte clé faisait littéralement un mètre de haut, c’était peu probable.
Bref, beaucoup de règles.
Nous continuons donc notre chemin et, depuis notre petit lac, rejoignons un autre lac à une centaine de kilomètres plus loin. Cette fois, les jambes sont de retour et ont la forme ! Pour fêter ça, nous profitons des supermarchés bien fournis (ça change de l’Asie centrale!) et nous nous faisons des filets de bœuf avec sauce béarnaise (et du riz bien sûr). C’est le grand luxe. Nous recommençons à manger énormément et ça n’est pas prêt de s’arrêter !



Nous plantons la tente au bord de ce nouveau petit lac après avoir échangé avec des touristes roumains qui tentaient peu habilement de pêcher (le seul truc qu’ils ont pêché, c’est un serpent…).
Nous nous mettons dans les sacs de couchage quand arrive un camion et ses occupants. Ils sortent leur guitare, et habillés de blanc, se mettent à jouer de la country en tapant sur leur camion. On ne sait pas si on doit rire ou pleurer. Ils chantent super mal et tournent en boucle, on en peut plus ! Quand un troisième type leur rejoint et sort son harmonica, j’explose de rire depuis la tente et, je crois, les vexe. Ils finissent par partir et nous laisser la fin de la nuit pour dormir. Et oui, comme le soleil ne se couche que quelques heures, les gens vivent à tout moment de la nuit puisqu’il fait jour !
On se réveille très tôt, car on cuit sous le soleil qui a déjà chauffé la tente depuis longtemps. Petite nuit.
Cent kilomètres plus loin, on trouve un nouveau lac auprès duquel camper. Pour arriver là, on a du traverser la forêt suédoise, interminable. On commence à bien la connaître cette forêt. on longe pourtant la mer, mais la forêt est trop épaisse et nous empêche de voir le golfe de Botnie. On ne peut même pas se consoler avec les mooses puisqu’on n’en a toujours pas vu ! Heureusement, notre spot est magnifique et nous en profitons pour enfin nous « doucher » dans le lac le matin venu. Nous rencontrons alors un couple de suédois en van qui, entre autres, nous parlent des dangers de la crème solaire et du fait qu’une selle de vélo peut rendre infertile.
On se remet en selle malgré ces avertissements et continuons notre traversée de la Suède et la découverte de ses forêts. Toujours pas de moose ???
Finalement, on la voit: la mer est là, devant nous. Ouf, elle n’a pas disparu !



On s’arrête manger un burger dans un restaurant bien américanisé (la Suède est une petite Amérique: les gens roulent en tesla, ont de grandes maisons individuelles avec mille et un décorum de jardin et ils ont tendance à ne pas aimer l’immigration). On repart avec le ventre plein, mais avec la digestion difficile, évidemment. On atteint un autre petit lac et découvrons notre spot pour la nuit: magnifique !



On profite bien de cet endroit, sous les pins. On se lave dans le lac et on fait la grasse matinée car enfin protégés du soleil matinal grâce aux arbres. On se met ensuite en route en direction de Sundsvall, les jambes fatiguées de ces derniers jours sans repos. Pour nous motiver, la mer nous fait quelques clin d’œil dans la journée. Plus grande motivation encore, on réserve un hôtel à Sundsvall pour s’accorder une bonne nuit de sommeil. Nous y arrivons bien fatigués et nous nous offrons un super repas dans un resto italien. On est tellement contents de notre hôtel que l’on n’hésite pas à une prolongation et nous passons une seconde nuit là-bas. On tente de visiter le musée de la ville mais c’est soit en suédois, soit de l’art moderne incompréhensible et nous n’y faisons pas long feu.



Nous décidons de prendre le train sur trois cent kilomètres pour nous éviter un peu de forêt et gagner un peu de temps. En effet, j’ai un vol aller-retour à Helsinki qui m’attend pour un entretien d’embauche.
Nous prenons donc le train jusqu’à Umeå où nous arrivons en début d’après-midi. Le plan était de rouler seulement une vingtaine de kilomètres pour trouver un chouette coin où camper et ainsi avoir une deuxième journée de repos. C’était sans compter nos lubies d’arrivée… En effet, arrivés à Umeå, nous nous mettons en tête de changer nos pneus Gravel en pneus route pour aller plus vite. Résultat, on reste mille ans dans la zone industrielle a errer dans les magasins à la recherche des bons pneus. On en trouve deux pour mon vélo, mais Nathan n’en trouve qu’un seul qui passe sur son vélo.
Nous voilà donc dans l’herbe à côté d’une station essence et d’énormes supermarchés à démonter nos trois pneus. Nathan change donc seulement un de ses pneus et roulera avec des pneus différents. On espère que ça sera temporaire.


Pour gonfler nos chambres à air, notre pompe manuelle n’est pas bien efficace et on retourne la où l’on a acheté les pneus pour leur emprunter l’une des leurs. Ils rigolent puisque c’est la troisième fois que l’on débarque chez eux. Running gag puisque l’on retourne ensuite pour chaque pneu.
Quand c’est enfin fait, on doit encore faire nos courses. Là, on réalise que notre huile d’olive s’est renversée dans une sacoche. S’en suit une petite séance de nettoyage au milieu de la route sous les regards effrayés des passants. On est plutôt divertissants apparemment ! Comme on semble fonctionner sur des coups de tête, on décide spontanément d’envoyer un deuxième colis en Suisse pour se débarrasser d’un peu de poids (surtout de nos anciens pneus). Ça prend un peu de temps et le soir est déjà arrivé lorsque l’on se met en route pour trouver notre spot de camping.
À notre shelter, nous rencontrons un autre bikepacker, allemand. On discute un peu avec lui avant de nous réfugier des moustiques sous la tente. On oublie de lui demander son prénom et décidons a posteriori de l’appeler Frederick.



Au matin, nous partons une fois encore tard puisque nous devons appeler la poste suédoise (« postnord », ça ne s’invente pas) qui a perdu l’un de nos colis. Après un échange très professionnel, on nous indique qu’une enquête est ouverte à propos de notre colis. Insh’allah désormais.
On retourne dans notre forêt suédoise bien aimée et ne croisons aucun moose de la journée. Une fois n’est pas coutume, mais quand même. Comme l’une des routes est en travaux, nous devons inaugurer nos nouveaux pneu route sur du gravel pas terrible et Nathan crève pour la première fois du voyage (toujours zéro pour moi par contre *fierté*). On se pose donc au bord de la route et Nathan change sa chambre à air en un temps record. Quand on repart, la pluie vient rajouter son grain de sel (mais nous allons tellement vite avec nos nouveaux pneus qui ont retrouvé le goudron qu’on dépasse bien vite les nuages noirs). Je vois ensuite un serpent visqueux degeu sur la route. Frissons.
On grimpe gentiment les collines (c’est-à-dire qu’on grimpe pas tant que ça) et lors d’une pause « en haut », on voit notre premier animal stylé (contrairement aux serpents): une biche !!! Joie et bonheur.
On croise ensuite un couple de suédois qui nous prêtent gentiment leur compresseur pour gonfler mieux la chambre à air récemment changée de Nathan. Ils nous indiquent que la canicule actuelle les épuisent et que ces températures sont absolument anormales. En effet, il a fait jusqu’à 30 degrés Celsius depuis que nous sommes arrivés dans le pays et les températures la nuit ne descendent pas en dessous des 20°C !
On finit notre journée dans un chouette spot de camping, évidemment proche d’un lac, après avoir fait des provisions pour tout un régiment dans le magasin du village précédent.


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